Aspects sociaux
Les blogs tenus par des adolescents sont très nombreux en France (près de six millions de blogs sur Skyblog selon le site en 2006), et plus généralement sur le Web. Il existe une certaine fracture numérique entre les générations, qui n'ont pas toutes ni les moyens ni l'envie de s'approprier le Web de cette manière bien que, techniquement, un blog se consulte comme un site Web, ce à quoi la grande majorité des utilisateurs actuels d'internet sont familiers. Plusieurs affaires judiciaires ont mis en cause des élèves insultant des professeurs sur leur blog et ont été l'occasion de débats au sein des équipes pédagogiques et dans les médias.
Cependant la tendance du blog s'étend aux plus âgés. Les blogs relatant la vie en entreprise ont déjà conduit à plusieurs licenciements. Pour cette raison (et d'autres), certaines personnes tiennent plusieurs blogs en même temps.
Le monde des affaires, des politiques et le secteur associatif se sont aussi emparés de l'outil, en tant que nouveau média de masse. Les blogs participent donc désormais aux stratégies de communication des entreprises, des associations, des auteurs, des personnes en recherche d'emploi.
Certains blogueurs veulent mettre en avant leur indépendance envers les médias traditionnels et leur réactivité. Un exemple a consisté à "sortir" des informations avant tous les autres pendant l'affaire Monica Lewinsky. De même la critique des médias traditionnels, supposés vendus à l'adversaire politique, est un puissant levier pour occuper le terrain des blogs. Cette technique a été utilisée aussi bien par les républicains que par les démocrates lors de la campagne précédant la réélection de George W. Bush de 2004 (voir en:Rathergate) ou lors du Référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe (voir les dossiers d'Acrimed).
Usenet, qui se promettait au même but, a rapidement perdu en popularité face à l'avènement du web, submergé par une masse d'informations douteuses noyant les fameux rares scoops et succès contre la censure, systématiquement mise en avant comme justification du phénomène, plombé par les problèmes de spam, excédé par les polémiques incessantes. Ces trois phénomènes étant aussi évidents dans les blogs, un ex-blogueur francophone célèbrissime a prédit leur fin prochaine ([1]) de ce phénomène pour l'instant en pleine expansion.
Blogs d'entreprise
Certaines entreprises mettent en place des "blogs d'entreprise" public ou à usage interne. Même si, généralement, les entreprises disposent déjà d'un site web, le blog d'entreprise permet une communication moins officielle, plus réactive et permettant une interactivité en temps réel.
Les blogs publics permettent de communiquer directement et rapidement avec la clientèle. Un prestataire de services pourra par exemple publier immédiatement un article pour informer sa clientèle en cas de problème technique. Les clients pourront réagir en ligne et éviter ainsi par exemple une surcharge du standard téléphonique.
Les blogs d'entreprise à usage interne sont réservés à la communication interne et permettent, grâce aux réactions aux articles, de mesurer "le climat social" d'une entreprise. Le blog d'entreprise permet également de faciliter les échanges entre les collaborateurs d'une entreprise.
Historique
Les blogs sont apparus assez tôt mais n'ont vraiment pris de l'ampleur que récemment en absorbant son public à partir de l'énorme bond en avant de la connectivité Internet dans le monde entier et de la désaffection d'autres médias moins utilisés comme Usenet d'une part et de l'abandon de la complexité des sites perso d'autre part.
Les premiers blogs sont apparus aux États-Unis à la fin des années 1990, comptant parmi ses adeptes des blogueurs comme Jason Kottke, Tristan Louis, Meg Hourihan et Matt Haughey. Leur blog était présenté sous la forme d'un carnet de bord recensant les pages Web (au moyen d'une liste d'hyperliens) que l'auteur avait jugées intéressantes, accompagnées de commentaires. Les blogs ont servi dès l'origine à présenter ce type de contenu. D'ailleurs, ce genre reste toujours populaire aujourd'hui dans la blogosphère.
Les premiers blogs francophones apparaissent quelques années plus tard. Par exemple Montréal, soleil et pluie de Brigitte Gemme en 1995, ou encore La décharge, Le Couac, Mysterious Yanick D., L'organe, Le Scarabée et Ze-Woc en 1996.
Les marché des éditeurs de blog en ligne mis un certain à se mettre en place, probablement parce que les blogs pionniers ne généraient pas l'engouement d'aujourd'hui. En effet, Blogger, que l'on considère comme l'un des premiers systèmes de publication et comme instigateur du phénomène, n'est apparu qu'en 1999. Côté francophone, Skyblog (apparu en 2002) est l'un des premiers même si il ne dispose pas de toutes les fonctionnalités habituellement attendues. Il rencontre un succès rapide, particulièrement auprès des adolescents qui y publient leurs photos essentiellement.
Aujourd'hui, les blogs tendent à mettre à profit les fonctions multimedia du Web : photoblog, baladodiffusion, videoblog, mobiblog, webcam etc.
Marché de la gestion de blogs
Le développement de ces sociétés (Skyblog, Over-Blog, Blogger totalisent des millions de blogs personnels en 2006) est en pleine croissance : le « marché » du blog a explosé au cours des années 2004 et 2005, et tenir un blog est désormais une pratique courante. La plus grosse part du marché est détenue par Blogger, notamment depuis le rachat de la société par Google. Skyblog et Over-Blog ne font pas le poids face à ce géant, mais restent des acteurs importants si on se restreint au marché francophone.
Il s'établit également une concurrence entre blogs et média/sondeurs. Des opinions s'expriment avec force et de manière nombreuse, à la manière d'un sondage. Notamment, Le Monde héberge de nombreux blogs d'opinions par opposition aux autres plateformes où les blogs sont souvent plus personnels ou divertissants - cette particularité s'explique par le caractère payant des blogs du Monde. Des opinions fortes et charismatiques peuvent même finir par diriger une partie de l'opinion ; on l'a vu lors des dernières élections présidentielles américaines et du référendum sur la constitution européenne en France.
La possibilité d'accueillir sur son blog des régies d'annonces en ligne (comme Adsense) ou des liens commerciaux (Affiliation Amazon) permet au blogueur de générer des revenus. Ainsi, par exemple, un blog qui traite de littérature peut rediriger ses lecteurs vers des librairies en ligne. Des annuaires de blogs fonctionnant éventuellement en tant qu'agrégateur Web personnel sont souvent financés par ces services de marketing.
Une autre façon de générer des revenus est d'écrire des articles et des avis sur divers produits (sites, logiciels, téléphones, etc.), à la demande des entreprises. Les entreprises ne sont pas toujours intéressées pas un avis positif, mais par la génération de traffic vers le site et la diffusion d'un Buzz à propos de leur produit. Certains sites offrent un service d'intermédiaire entre les entreprises et les rédacteurs de blogs à cette fin.
Voir aussi splog
Vocabulaire
Le Wiktionnaire possède une entrée pour « blog ».
Blog est issu de l'aphérèse d'un mot composé né de la contraction de « web log » (c'est-à-dire carnet de bord Web). La francophonie tente de trouver des équivalences ou des alternatives à cet anglicisme, bien que le franglais soit fréquent sur le Web, notamment parmi ses techniciens, qui rendent souvent compte de la nouveauté par le biais d'anglicismes et de néologisme.
Un blogueur / une blogueuse (en anglais blogger) est l'individu qui a l'habitude de bloguer : il écrit et publie les billets, sans entrer dans la composition de tous les commentaires qui y sont associés. La blogosphère est l'ensemble des blogs. Parfois, par métonymie, on désigne l'ensemble des blogs d'une communauté précise : la blogosphère homosexuelle, la blogosphère des standards Web... abrégées en la blogosphère.
Le vocabulaire intuitif potentiel est vaste et participe du buzz autour du phénomène : blogage, blogable, bloguitude, moblog, blogiciel, audioblog, vidéoblog, photoblog, blogogeoisie ou blogeoisie (terme désignant les blogueurs dont les sites sont très visités), bloguien, carnetier/carnetière, carneter (le verbe), carneticiel, carnetable, carnetage, carnetodépendance, carnetosphère, audiocarnet, vidéocarnet, photocarnet, carnetiquette, blook (blouquin), etc. Ces mots nouveaux rendus nécessaires par l'émergence de nouvelles technologies anglophones contrebalancent l'inertie de la langue française.
Franciser l'anglicisme
La francophonie tergiverse sur la souveraineté du mot blog, bien qu'il soit pour l'instant le plus couramment utilisé dans les faits. Utiliser blog, directement dans la graphie anglaise (qui figure dans les éditions 2006 des dictionnaires Le Petit Larousse et Le Robert) évite l'homographie entre un blog et je blogue. D'autres équivalents sont détaillés dans ce paragraphe. Le processus d'adoption d'un néologisme s'est déjà vu à de nombreuses reprises dans le milieu informatique, par exemple pour les mots hardware et software dont a tiré les mots équivalents matériel et logiciel et pour lesquels avaient été proposés des équivalents comme quincaille et mentaille.
L'Office québécois de la langue française (OQLF) soutient la forme francisée blogue[2]. Cette lexicalisation permet en effet de créer les dérivations bloguer, blogueur, bloguesque, etc., d'éviter la confusion bloggeur, blogger et semble être adoptée progressivement par toutes les communautés[3].
En France, la Commission générale de terminologie et de néologie a choisi le mot bloc-notes[4], ce qui rend son utilisation obligatoire pour les administrations et services de l'État français. Ce mot rentre en conflit avec la traduction des mots notepad et notebook déjà utilisés par ailleurs en informatique. De plus, il n'autorise pas de dérivés évidents (comme blogosphère.) Cependant, il est sémantiquement équivalent à blog.
Par ailleurs, d'autres traductions ont émergé çà et là au sein de communautés de blogueurs, sans connaitre pour l'instant un grand succès :
cybercarnet, carnet Web (surtout au Québec) dont la qualité descriptive et le caractère francophone est évident ;
journal Web, webjournal ou joueb, qui ne distinguent pas le journaliste du blogueur, à tort selon la majorité des blogueurs, mais qui sonnent bien à l'oreille. (Joueb est un mot-valise, contraction de journal et Web inventé en juin 2001 par Biz de la communauté en ligne c-est-tout.com ; cette dernière s'est renommée par la suite et est devenue joueb.com.) ;
journal extime n'est pas issue du Web mais empruntée à l'écrivain Michel Tournier. Elle décrit étymologiquement un journal intime public, mais ne rend pas compte de la diversité de la blogopshère.
Quelques juristes blogueurs ont proposé bloig (mélange des mots "blog" et "loi") comme traduction de l'anglais blawg (formé sur les mots "blog" et "law", ce dernier signifiant "loi").